L’ineptie de l’extension de la vidéo-surveillance à Rennes, intervention de Yannick au Conseil Municipal du 9 octobre 2017

Madame la Maire, chers collègues,

Nous sommes souvent en accord avec les politiques publiques que vous mettez en place en termes de sécurité ; nous avons d’ailleurs voté la Stratégie Territoriale de Sécurité et de Prévention de la Délinquance de Rennes. Nous voyons d’ailleurs d’un bon œil la candidature de notre ville pour tester les nouvelles unités de polices de proximité, les augmentations d’effectifs de la Police Municipale ainsi que la création de brigades canines.

Pour autant, la délibération dont nous devons prendre acte aujourd’hui est aberrante. Il s’agit de redéployer un certain nombre des 32 caméras de vidéo-surveillance dans d’autres endroits de la ville, d’en acquérir 17 nouvelles (dont 9 pour remplacer des caméras usagées) et de se doter de 8 caméras mobiles.

Au-delà de cette proposition, le contenu-même de la délibération n’est pas honnête. Il y est mentionné un rapport, que nous avons épluché, qui ferait ressortir, je cite, « les apports positifs de cet outil ». C’est tout le contraire. Les conclusions de ce rapport, rédigé par un universitaire indépendant, Eric Heilmann, sont très claires. A la question « L’aide à la résolution d’enquêtes judiciaires peut-elle constituer un objectif prioritaire qui justifie le maintien et/ou l’extension du dispositif existant? » il répond « On peut sérieusement en douter. ». De la même manière, à la question « La prévention des actes de délinquance peut-elle constituer un objectif prioritaire qui justifie le maintien et/ou l’extension du dispositif existant ? » il répond « on peut douter des vertus dissuasives des caméras de surveillance ».

L’auteur conclut même en disant « L’extension du système de vidéo-surveillance ne répond pas à une nécessité immédiate ». Dès lors, pourquoi vouloir acquérir 17 nouvelles caméras portant à 40 notre parc de vidéo-protection ?

De même, nous ne sommes pas dupes, les 8 caméras mobiles serviront avant tout à espionner les manifestations sociales et politiques. Quel intérêt ? Vous voulez mettre la main sur les personnes qui taguent les murs ? Elles sont masquées, la vidéo se sera d’aucune utilité. Ces caméras ne feront qu’accentuer la criminalisation du mouvement social et la défiance entre manifestants et Mairie de Rennes.

Revenons sur les 2 rôles principaux supposés de ces caméras, la prévention de la délinquance et l’aide à l’élucidation des affaires, pour prouver leur inutilité.

Concernant la prévention de la délinquance, le rapport montre que « la présence de caméras ne permet pas de prévenir les violences physiques (homicides, agressions) » et que « l’action rapide et discrète d’un pickpocket ou d’un voleur à la tire est difficile à détecter sur un écran ». Si nous enlevons ces délits, on peut se demander quels méfaits permettraient de dissuader les caméras ?

Concernant l’élucidation des affaires, le rapport est encore plus précis. Nous y apprenons que seulement 0.1% des affaires traitées à Rennes demandent le visionnage des images des caméras de vidéo-surveillance. Un autre rapport du Ministère de l’Intérieur révèle que « les taux d’élucidation progressent sensiblement de la même manière dans les villes avec ou sans vidéo-protection ». D’ailleurs, les relectures d’images sont très rares, une à deux par mois en moyenne dans notre ville.

Par honnêteté intellectuelle nous devons tout de même mentionner le fait que le rapport a trouvé un point positif à ces caméras : la sécurisation des forces de l’ordre lors de leurs interventions. En effet, l’opérateur vidéo peut prévenir ses collègues des risques d’agression ou de destruction des véhicules. Cependant, trois éléments nuancent cette affirmation.

D’abord, il faut que l’intervention ait lieu à un moment où il y a un opérateur vidéo. Rappelons qu’en moyenne il n’y a personne derrières les écrans les 2/3 du temps. Ensuite, il faut que les caméras soient en état de fonctionnement, ce qui est loin d’être toujours le cas, entre les caméras trop sales, celles au champ de vision masqué par des arbres ou par des publicités, ou encore celles en panne, rares sont les endroits où l’aide de la vidéo aux forces de l’ordre sur le terrain est possible. Enfin, l’intérêt des caméras pour les équipes sur le terrain est à mettre en parallèle avec les conditions de travail difficiles qu’elles imposent aux opérateurs-vidéos atteints régulièrement « d’ennui » et de « monotonie » comme le signale le rapport.  L’augmentation des effectifs de policiers municipaux et la création d’une brigade canine ne seraient-elles pas des garanties suffisantes pour assurer la sécurité des agents sur le terrain ?

Vous le savez, critiquer sans apporter de propositions n’est pas dans notre ADN. Voilà pourquoi nous vous proposons d’abandonner la commande de nouvelles caméras ou de les revendre à la ville de Bordeaux si elles sont déjà achetées. Concernant celles qui sont déjà en activité, elles pourraient servir à surveiller les bâtiments publics qui ne le sont pas déjà pour éviter les dégradations. Surveiller les biens communs plutôt que les personnes semble plus utile.

 

 

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