Transition écologique de l’agriculture à Rennes Métropole, il faut aller plus loin ! Intervention de Yannick au Conseil du 2 mars 2017

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(image : Courrier International)

La présentation et ses documents supports posent à l’aube de la construction pour 2018 du Plan Local de l’Urbanisme intercommunal (PLUi), les bases de réflexion et les axes moteurs de la politique d’urbanisme de Rennes Métropole. Il s’agit d’une étape-clef, d’un moment essentiel pour tenter de prédéterminer ce qui va venir.

Le défi qui est posé est celui de la détermination d’une politique globale homogène, cohérente, aux multiples objectifs sur un ensemble assez hétérogène. Il y a une diversité de taille et de densité des communes, de nature entre  des zones fortement urbanisées et des zones vertes et agricoles, du fait des distances en jeu au sein de la Métropole.

Dans les concepts, les axes politiques et stratégiques des documents présentés, il faut retenir  des points importants et pertinents. Je cite « une ville intense et sobre », des « renouvellements de bâtiments in situ plutôt que par étalement », « une dynamique de transition écologique», le « renforcement des usages agricoles et naturels »,  l’intérêt pour « la potentialité de la ceinture verte  de RM ».

Il y a par contre des thèmes  qui appellent de notre part une interrogation. Il s’agit par exemple de la notion qui revient souvent de « l’attractivité » du cœur de Métropole et d’une façon générale des éléments de langage qui sous-tendent une notion de compétition entre différentes Métropoles. La notion d’attractivité n’est pas négative en soi, elle le devient dès lors qu’on en fait une préoccupation exclusive. Il nous faut concilier sur les espaces du centre de Métropole attractivité et mixité sociale, attractivité et logement pour tous. Cette dimension doit à mon sens être mise plus avant dans un document politique prospectif de cette nature. Ne l’oublions pas, une politique sociale de l’habitat est par essence une politique durable.

Dans le cadre du débat de ce soir et compte-tenu d’une part de l’ambition du PADD, de ses conséquences sur le moyen et long-terme, du caractère irréversible des effets de certaines décisions, je souhaite m’arrêter plus longuement sur la question de l’agriculture au sein de la Métropole. Cette activité, vous le savez, connaît de graves difficultés. Au-delà de l’image en vogue diffusée lors du Salon de l’Agriculture, la réalité n’est pas aussi reluisante.

Ici comme ailleurs en France, les  paysans souffrent socialement. Il est inutile de rappeler le taux de suicide ainsi que l’indécence de la faiblesse de leurs revenus ou leurs conditions de travail déplorables. Bien souvent leur santé est également en danger du fait des produits chimiques utilisés à l’image de la sombre affaire Triskalia par exemple. L’environnement est malmené, l’élevage produit des gaz à effet de serre plus que de raison, les pesticides polluent les sols et les rivières. Les consommateurs ont accès la plupart du temps à des produits de mauvaise qualité, parfois dangereux pour leur santé. Le bien-être animal le plus élémentaire n’est pas respecté dans une agriculture ou l’élevage intensif est la norme.

Les causes de cette situation sont multiples, la concurrence internationale, la politique agricole commune y sont pour beaucoup mais je m’attarderai uniquement sur ce qui relève de notre institution.

Au sein de Rennes Métropole (superficie de 71 130 ha), la surface agricole utilisée (SAU) est passée en dix ans de 54 000 hectares à 40 000 ha. L’étalement urbain n’y est évidemment pas étranger, la zone urbanisée a doublé entre 1982 et ce jour, même si ce n’est pas le seul facteur. À ce titre l’objectif de densité urbaine du projet de PADD est un objectif pertinent.

Le nombre d’exploitations agricole a, sur l’entité plus globale du Pays de Rennes, dans le même temps, diminué de 32%. Pour 100 exploitations qui cessent, il n’y a que 42 créations. L’emploi agricole a chuté d’un quart. Ce phénomène est notamment provoqué par une intensification de l’activité agricole. Par exemple, le nombre moyen de porcs par exploitation porcine est passé sur  ces dix années de 550 à 970. C’est un arrêt de mort pour les petites fermes, seules les grosses structures agricoles s’en sortent, avec toutes les tares susmentionnées qu’elles provoquent.

Pourtant, nous avons besoin d’un maillage agricole du territoire. Tout le monde s’accorde à dire que la filière des circuits courts est une filière d’avenir, qu’elle permet de garantir l’emploi local, d’éviter les longs transports et tous leurs travers sur la qualité des produits et la pollution qu’ils engendrent. Il faut s’en donner les moyens.

Un rapport de 2011, intitulé « Rennes Métropole ville vivrière ? » nous apprend que l’autosuffisance alimentaire au sein de notre métropole n’est pas une utopie. Au-delà des circuits courts, il s’agirait ni plus ni moins que de produire ici-même la grande majorité des produits que nous consommons. Pour ce faire il faut une véritable volonté politique. Nous devons équilibrer les productions agricoles sur notre territoire. Nous produisons 187% des œufs que nous consommons ou 146% de la viande alors qu’en parallèle nous ne cultivons dans notre métropole que 3% des fruits ou 37% des pommes de terre que nous mangeons les cultures maraichères n’occupant que 0,3% de la SAU.

Bien sûr nous ne vivons pas en autarcie et il est normal que nos productions alimentent également les territoires voisins mais nous devons tout faire pour se rapprocher de cette autosuffisance. Rennes Métropole peut être l’un des moteurs de ce bouleversement.

Le Projet d’aménagement et de développement durable (PADD) dont nous discutons ce soir pourrait être bien plus volontariste dans ce sens. Nous devons pouvoir agir à deux niveaux, en interne au sein de la Métropole et en périphérie dans la  ceinture verte autour de la Métropole.

Déjà, comme je l’ai déjà mentionné ici-même, il faut en finir avec les projets d’urbanisation qui détruisent des exploitations agricoles à l’instar du projet d’extension de la zone commerciale du Vertbuisson à Bruz. Stop à l’étalement urbain. C’est une priorité qui ne requiert qu’un minimum de volonté politique. Ensuite, nous devons user de notre politique foncière pour favoriser l’installation de nouveaux agriculteurs en étant attentifs aux types et aux méthodes de productions envisagées. L’année dernière, 520 jeunes ont contacté le « point info installation » pour 136 dossiers conclus au sein de notre département. Il faut aider les projets agricoles respectueux des hommes, des animaux et de l’environnement. Enfin, rien ne nous empêche d’intervenir plus concrètement par la construction de serres ou de chambres froides comme le font d’autres collectivités, notamment en Basse-Normandie où un Pôle d’excellence rurale (Agri’Innov) a été mis en place pour agir dans ce sens.

En externe, sur sa périphérie, il est important que RM puisse travailler en lien avec les Sociétés d’Aménagements Fonciers et d’Établissement Rural (SAFER) sur l’évolution de la ceinture verte en périphérie de la Métropole. En effet, au regard des défis induits par l’accroissement démographique prévu pour RM, il est nécessaire de collaborer, au delà de notre espace territorial avec les entités publiques et privées, les professionnels présents et à venir, pour définir dans ces territoires, le cadre et les outils d’une agriculture propre, durable et vivrière.

Rennes Métropole n’est pas la collectivité la plus inefficace dans la nécessaire transition écologique de l’agriculture puisque ce sont désormais 6.5% des surfaces agricoles qui sont en agriculture biologique et que l’étalement urbain est moins flagrant que dans d’autres grandes métropole. Mais nous pouvons tellement faire plus et mieux. Ne nous y trompons pas, le développement réel d’une agriculture durable aurait de multiples impacts positifs au sein de notre Métropole et pas uniquement pour les paysans ou l’environnement direct des structures agricoles. Préservation des paysages, limitation des pollutions urbaines, amélioration de la santé des habitants … Nous avons à tout y gagner en termes de bien-être. Espérons que le futur PADD que nous voterons en 2018 sera plus ambitieux qu’il ne l’est aujourd’hui sur ces questions.

Merci de votre écoute.

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