PSA : rien n’est fait pour enrayer la crise industrielle. Intervention de Yannick au Conseil de Rennes Métropole du 24 novembre 2016

industrie-france

Monsieur le Président, chers collègues,

Le contexte national, comme celui de l’Europe d’ailleurs, est marqué par une crise industrielle liée directement à la baisse de rentabilité du capital technique et immatériel investi dans ces secteurs. En fait ce n’est pas l’industrie en soit qui est en crise, c’est sa rentabilité. C’est aussi le modèle social de production, de la répartition des richesses entre le salariat et les actionnaires qui sont mis en cause au détriment net et sans appel des premiers.

En laissant filer ou disparaître notre industrie, les politiques nationales, plus libérales que jamais, à la solde des grands groupes, cassent non seulement l’appareil productif industriel, mais également le savoir faire, les compétences, les qualifications.

Ce soir, je m’en tiendrai aux derniers chiffres que l’Insee vient de rendre public en septembre et concernant le deuxième trimestre 2016. La conclusion est brutale : c’est l’effondrement de l’industrie française : 9 500 emplois détruits en un trimestre, 33 000 sur un an ! Les emplois créés ces derniers mois, sont pour les 2/3 d’entre-eux des emplois de services ou marchands ; souvent des emplois déqualifiés et pour l’essentiel précaires. Ils confèrent à nos pays en voie de désindustrialisation, dont la France, l’image de ces sociétés inégalitaires, avec des franges de populations déclassées qui progressent en nombre. Face à de telles réalités de déclassement, les élus que nous sommes sont un peu plus chaque jour confrontés à des situations sociales qui génèrent les pires tensions dans les communes et les quartiers.

Le bassin rennais n’échappe pas à cette réalité quand on voit tous ces emplois productifs, générateurs d’emplois indirects, fondre à grande vitesse depuis la grande crise de 2008.. Les plans sociaux industriels succèdent aux plans sociaux industriels.

En fait, notre pays a rompu avec ce modèle historique et emblématique où la prospective, les politiques de soutien au développement équilibré des territoires, la politique des plans de développement productifs, agricoles et industriels permettaient d’anticiper l’avenir. C’était certes un exercice de planification complexe et difficile, avec ses échecs relatifs (le Plan calcul) ses réussites (le TGV, l’Aéronautique ou la navale), ses mauvaises orientations (le nucléaire), mais il avait pour dénominateur commun, cette capacité exceptionnelle à fédérer tous les acteurs économiques, éducatifs, sociaux et les élus de la République autour de ce qui apparaissait alors comme l’intérêt commun.

 Nous n’en sommes plus là. Les tenants successifs du libéralisme sans limites, présents dans tous les gouvernements (PS, ex UMP) ont mis fin à toute prospective industrielle pilotée par cette volonté commune de l’action publique. Le commissariat au plan a été dissout en 2006. L’avenir industriel de la nation est maintenant livré aux entreprises, aux grands groupes qui raisonnent d’abord rentabilité. Lorsque la quête du profit ne se satisfait plus de la détérioration des salaires et des conditions de travail ainsi que des montagnes d’argent exigées auprès l’État puis maintenant de nos collectivités : on délocalise, pour fermer ensuite.

Même s’il est indéniable que ces groupes peuvent monter et structurer des stratégies industrielles fortes, voire ambitieuses, celles-ci sont de facto réservées au seul intérêt de l’actionnaire. En outre, ces stratégies peuvent dans bien des cas devenir éphémères puisqu’elles sont certes soumises aux récessions, aux crises, mais plus encore aux stratégies de rachats puis de démantèlements ravageurs pour les territoires et bassins d’emploi. Lors des moments les plus critiques, l’État intervient certaines fois, mais toujours au coup par coup. D’un Etat prospectif et même visionnaire, nous avons glissé vers un Etat sparadrap. Le tout récent épisode voire l’épilogue de la décrépitude du secteur mobilité d’Alstom et du savoir-faire industriel ferroviaire en est un exemple frappant et tristement révélateur. Les dernières réponses, très ponctuelles et brouillonnes de l’État ont été affligeantes, courtermistes et déroutantes.

Or plus que jamais, face au défi environnemental nous avons besoin d’une action forte de l’Etat, de l’émergence de lignes directrices pour le bien commun et entre autres d’une régénérescence de l’industrie, de la recherche. Alors oui le défi est immense. Et au regard des périls qui nous guettent, Rennes Métropole n’est certainement pas là pour accompagner un tel déclin fataliste. Un déclin qui gangrène notre pays depuis plus de 20 ans.

Le cas de PSA illustre cette logique mortifère pour notre industrie, que vous cherchez à cacher par un habillage des plus grossiers. Le site PSA de Chartres de Bretagne est passé, en 10 ans, de 300 000 véhicules produits à 65 000 en 2015. La casse de l’emploi, et il faut insister vraiment là dessus, du savoir faire industriel, a été sans précédent. Dans le Département de l’Ille-et-Vilaine, les emplois directs sont passés de 30 000 avant 2005 à moins de 10 000 en 2016. Quant à l’effectif actuel réellement en activité dans les usines de Chartres de Bretagne, il est de 2 300 personnes dont moins de 2 000 en production. Pour autant s’il y a eu moins d’automobiles produites à Chartres ou en France, d’autres ont massivement été produites ailleurs … Pour PSA, c’est évidement le cas de l’Espagne.

PSA s’est désengagé de ses sites locaux. Pour limiter ce désengagement il en appelle à l’argent public. Le chantage est clair. En début d’année, il l’a notamment été avec le rachat de 53 ha de terrains lui appartenant par le Département, Rennes Métropole et la Région. Vous y avez consacré 13,3 millions d’euros. D’ailleurs, il faut y rajouter les 1,3 million d’euros apportés par les collectivités pour exonérer l’industriel de ses devoirs de dépollution. Comment se fait-il que le principe « pollueur payeur » n’ait pas été appliqué ?

Il est proposé ce soir que Rennes Métropole aide à hauteur de 2,34 Millions d’euros le projet général de Recherche et Développement de PSA. C’est un budget global prévisionnel de 46,9 Millions d’euros, la Région Bretagne y participe pour sa part à hauteur de 9,39 Millions d’euros.

En tout état de cause, nos collectivités auront donc participé durant cette année 2016 pour une enveloppe globale de 26 millions d’euros.

Certes, aider la RD, c’est bien plus pertinent que d’aider PSA à spéculer sur son patrimoine immobilier pendant que le PDG du groupe, pourtant contrôlé par des capitaux publics franco-chinois, s’octroie une rémunération de 5 millions d’euros.

Toutefois, les activités de recherche et développement, ainsi que d’applications industrielles employaient 500 salariés il y a un an. 150 emplois sont depuis disparus…

Aujourd’hui la question est celle du rapport de force. C’est un rapport du fort (PSA) au moins fort (notre EPCI et la Région). Face aux menaces à l’implantation, à l’emploi, des industriels comme PSA et face à l’abandon de l’État, les collectivités tentent de le remplacer dans l’orientation du pilotage industriel. Or elles n’ont ni la même force, ni la vision globale et prospective qui doit être celle à priori d’un Etat. De plus ce qui va prévaloir ce n’est pas la cohérence industrielle c’est la mise en concurrence des collectivités pour attirer des sites de production, de recherche, de logistique. Le fait que l’Etat participe au capital de PSA depuis 2012 et préside le Conseil de Surveillance depuis 2014 ne change pas les choses dans la réalité. Pour piloter des stratégies, il faut se donner des capacités d’un pilote. L’État, tout libéral, le montre une fois de plus : ce n’est pas sa volonté. Dans ce domaine, comme dans tant d’autres, son enfermement idéologique néolibéral l’empêche de réfléchir et d’agir.

La direction de PSA s’est engagée à produire deux véhicules innovants sur le site (la P87 et la C84), et indique garantir une production sur les 10 ans à venir. Pour autant les documents produits par Rennes Métropole ne détaillent pas de façon précise et claire les contreparties légitimes de notre engagement à apporter 2,34 Millions d’euros. Par exemple, la prise en compte des défis environnementaux dans le cadre de la R&D de PSA à La Janais est, à mon sens, impérative. Cette prise en compte doit être détaillée autant que possible. Nous attendons également de votre part des réponses qui permettent enfin d’espérer l’inversion des tendances en ce qui concerne la perte d’emplois et le désinvestissement industriel colossal que tous les bons connaisseurs de ce dossier ont pu relever et certains, trop peu nombreux, dénoncer.

En attendant vos réponses, force est de constater que nous sommes dans cette logique impitoyable qui consiste à donner de l’argent aux industriels pour qu’ils viennent, puis en donner pour qu’ils restent et bientôt en donner pour qu’ils partent …

Enfin, et juste pour rester dans la prospective, il faut noter qu’une fois les différents traités transatlantiques portés par nos dirigeants (CETA, TAFTA) adoptés, ce type d’aide publique ne sera plus possible ou à tout le moins il sera juridiquement très risqué.

En cohérence avec cette analyse je m’abstiendrai sur la délibération proposée.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s