Quand la mobilisation contre la Loi Travail s’invite au Conseil Municipal, résumé des évènements de mardi soir

Voici un résumé du Conseil Municipal de mardi dernier, pour le moins atypique.

CheEKgVWIAAHBCI.jpg large(photo : twitter du « Plan B »)

Exceptionnellement le Conseil a débuté à 17h par les interventions des groupes politiques, avant celles du public. Elles portaient toutes sur la mobilisation contre la loi travail à Rennes.

Toutes dénonçaient les soi-disant « violences de casseurs » alors que certaines évoquaient les violences policières quand d’autres les niaient. Voilà ce que nous avons déclaré :

La très grande majorité du mouvement social se dresse depuis deux mois contre le projet de loi travail. Celui-ci constitue une attaque sans précédent contre la protection des travailleurs avec ou sans emploi. Le Gouvernement aux ordres du MEDEF adopte une stratégie de division, de discrédit et de criminalisation de la colère qui monte. Cette loi n’a fait l’objet d’aucun travail préparatoire notamment avec les organisations syndicales. Et malgré l’intense résistance populaire le Gouvernement perdure dans cette méthode brutale, unilatérale. Il veut imposer coûte que coûte cette loi pourtant massivement rejetée.

Cette méthode politique est un déni de démocratie. Elle révèle le mépris porté par cette oligarchie vis à vis du peuple. Celle-ci est plus prompte à organiser la casse sociale qu’à lutter contre les fraudeurs et les parasites qui pillent la nation en lui soustrayant environ 60 milliards d’euros de recettes fiscales par le biais de l’évasion fiscale. Nous n’avons entendu aucune parole de colère, d’indignation forte de la part des Ministres.

Faible avec les forts, le Gouvernement est dur avec les faibles. Les différents mouvements et manifestations contre la loi travail ont fait l’objet d’une répression inédite. Prenons l’exemple de notre ville ; en concertation avec Monsieur le Préfet vous nous avez interdit l’accès au centre-ville pour manifester. Le climat des manifestations s’est dès lors alourdi. Les consignes ensuite édictées aux forces de l’ordre, totalement disproportionnées, n’ont fait qu’aggraver des tensions déjà bien présentes. Par exemple, les cortèges pacifiques, aux parcours autorisés, encadrés par les organisations syndicales et étudiantes ont été souvent gazés aux lacrymogènes, attaqués aux grenades désencerclentes et assourdissantes. Les charges de CRS, tirs de flashball et coup de matraques sont devenus des gestes communs des forces de police. Nous en avons été victimes personnellement et nous avons d’ailleurs porté plainte.

En donnant des consignes de répression dure, la Mairie et la Préfecture enclenchent une spirale où la violence s’accroit et se nourrit d’elle-même. Le 28 avril un étudiant, Jean-François, a perdu un œil à la suite d’un tir de flashball. On dénombre des dizaines de blessés dans notre ville, manifestants, journalistes ou simples passants, de l’hématome aux membres cassés. La violence de la répression à Rennes est, Mme la Maire, une honte pour notre ville. La communication de la Préfecture d’Ille-et-Vilaine ne parle que des policiers blessés, ce qui est une réalité, elle ignore les multiples témoignages de ce qu’ont subi les citoyens de notre ville. Elle s’installe ainsi dans le mensonge institutionnel.

Les forces de polices, hyper sollicitées, sont exténuées, à bout, leurs conditions de travail sont détestables. Au-delà des directives de répression qu’elles reçoivent, comment voulez-vous que leur travail de protection des biens et des personnes soit bien fait comme le dénonce la CGT Police dans son dernier communiqué ? Comment voulez-vous que les procédures réglementaires soient respectées (sommation, interdiction de viser les visages …) ?

Pour illustrer, je citerai une phrase d’une circulaire écrite par M le Préfet Maurice Grimaud. Il y expose sa vision du rôle de la police lors de la révolte ouvrière et étudiante de mai 1968. « Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation »  M. Grimaud ne fait pas partie de nos références habituelles mais quand même c’est, à le citer, mesurer la dérive qui atteint désormais nos libertés.

Nous relayons l’appel pour l’interdiction du flashball qui a commis et commet trop de mutilations comme l’indique l’Action des Catholiques pour l’Abolition de la Torture (39 blessés graves dont 8 mineurs éborgnés et un mort depuis 2004). De la même manière, les Brigades Anti-Criminalité n’ont pas à intervenir en manifestation, ce n’est pas leur tâche et nous ne sommes pas des criminels.

Tout cela finira j’en suis sûr, grâce à notre mobilisation, par l’échec de la réforme de la loi travail. 

Ensuite plusieurs interventions dans le public ont lieu dont notamment une avec laquelle nous sommes d’accord, celle co-signée par le Réseau Jeunes du Parti de Gauche, les Jeunes communistes et les Jeunes écolos :

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A cette déclaration Madame la Maire a apporté quelques éléments de réponse. Elle a également informé avoir demandé à Monsieur le Préfet l’évacuation de la Maison du Peuple (salle de la Cité) ; lieu symbolique du mouvement social, occupé pacifiquement et sans dégradation depuis le 1er mai.

Dès lors, une dizaine d’étudiant-e-s communistes ont refusé de sortir et de laisser se dérouler le Conseil normalement tout pendant que Nathalie Appéré ne rappellerait pas Monsieur le Préfet pour annuler sa demande d’évacuation, et tout pendant qu’elle ne condamnerait pas les violences policières ayant entraîné, notamment, la perte d’un oeil à un manifestant et plus de 250 blessé-e-s en 2 mois. La séance a été suspendu, il y a eu beaucoup de discussions.

Nous sommes intervenus pour indiquer que nous quittions le Conseil, pour montrer notre indignation face à la décision d’évacuation :

Mme La Maire,
Ce que nous avons entendu ce soir, ou plutôt ce que nous n’avons pas entendu est atterrant.
Pas un mot de votre part sur les manifestants et les passants blessés. Pas un  mot sur leur devenir. Aucune empathie exprimée de votre part sur ce qui leur est arrivé.
Pas un mot contre les violences policières qui sont pourtant sur un mouvement social de cette nature, sans précédent.
Pas un mot sur le fait que des élus de ce conseil, c’est un pourtant un symbole,  ont été chargés, gazés et pour l’un d’eux matraqué, le 08 avril dernier,
Votre annonce en séance de votre demande au Préfet de l’évacuation de la Salle de la Cité nous révolte et nous indigne. Il est d’ailleurs à craindre que cette évacuation n’entraine de graves incidents.
Vous avez parlé d’apaisement, vous annoncez la légitimité et l’accroissement de la violence policière.
Forts de ce constat, nous, élus Parti de Gauche du Conseil Municipal, décidons de quitter de suite la séance de ce Conseil Municipal.
Madame la Maire, refusant d’accéder aux revendications, pourtant légitimes, du groupe d’étudiant-e-s et face à leur détermination à ne pas sortir, à dû annuler le Conseil.
Dès lors, nous sommes directement allés à la Maison du Peuple pour donner les dernières informations et nous avons ensuite, en rentrant, envoyé ces deux mails à Nathalie Appéré pour tenter de la convaincre de ne pas procéder à l’évacuation de la salle de la Cité.
Madame la maire,

Par ce mail je vous informe de mon passage dans la soirée à la Maison du Peuple rue St Louis.


J’y ai constaté à nouveau une ambiance plutôt conviviale et pleine de lieu de débats. Des dizaines voire des centaines de personnes y passeront cette nuit.

Votre déclaration nous informant de votre décision de confier à Mr le Préfet l’évacuation de ce lieu,
qui pourrait s’opérer dès le petit jour de ce mardi 03 mai ouvrirait un contexte à très haut risque.
Est-il besoin de vous rappeler qu’aucune dégradation n’a été commise dans ce lieu, que les occupant-es se font un honneur d’y être de par la charge historique qu’il respire.

Comment pourriez vous donner l’ordre d’évacuer militairement ce lieu qui ne pose aucun problème ?
Vous pourriez mettre en pratique ce que vous avez proposé ce soir aux jeunes, à savoir de recevoir
une délégation des occupant-es.

Mon témoignage et mon invitation à réviser la méthode de gestion de ce types de situations se fonde sur l’engagement humain très fort de ces centaines de jeunes et moins jeunes. La répression ne ferait que renforcer le rejet des « politiques » .

Je vous demande de reprendre la main directement sur cette situation en  l’abordant avec diplomatie
et respect des différences.

Vous le savez, votre décision a provoqué notre départ du conseil tant elle ne répond pas du tout
aux réelles questions posées. En toute objectivité, rajouter de la violence à toute celle déjà subie depuis presque 2 mois vous conduirait inévitablement à d’autres drames, dont vous risqueriez de porter l’entière responsabilité.

Madame la maire, vous pouvez encore éviter ce scénario catastrophe. Ne confondez pas « rapport de force » et usage de la force. Vous avez dénoncé à juste titre que la force ne donnait pas le droit.

merci de votre écoute,

Bien cordialement,

JP Tual

Madame la Maire,

Je partage l’inquiétude que vient d’exprimer  mon collègue JP Tual.
Je suis passé aussi ce soir avec lui sur le site de la Maison du Peuple.

Il y a en ce lieu une réelle volonté d’une autre politique, d’une autre forme de démocratie. Cela nous concerne tous et ce quelle que soit notre vision et notre appartenance politique.
En termes de sécurité des personnes, il faut tout craindre d’une intervention des forces de l’ordre. Le lieu est fermé, il y a beaucoup de monde, les issues sont étroites, des mouvements de panique au moment de l’intervention de la police sont probables. Les conséquences peuvent en être graves.
Au delà des divergences politiques qui nous séparent, il y a une question de sécurité des personnes qui doit nous unir et à laquelle nous devons être tous sensibles.

Madame la Maire,  cette intervention est potentiellement dangereuse.

Comptant sur votre écoute.

Yannick Le Gargasson
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