Nouveau quartier EuroRennes, de l’inutilité d’un quartier d’affaires à Rennes

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EuroRennes c’est le nom du futur quartier d’affaires rennais, autour de la gare, d’une superficie de 58 hectares et d’une longueur de 1,8kms. L’idée est de créer un « quartier de la défense » à la « porte de la Bretagne ».

EuroRennes, vitrine d’une politique de l’offre délétère

Son nom est tiré de l’ambition qu’a la Majorité depuis de nombreuses années de « rayonner sur le plan européen », de répondre à une « ambition européenne », afin d’être « attractive », c’est-à-dire de concurrencer les grandes villes européennes en matière d’implantation de grandes entreprises du tertiaire. Cette démarche démontre un attachement à la politique de l’offre qui part du principe que favoriser l’implantation de sièges de grandes entreprises peut créer de l’emploi et donc améliorer le niveau de vie des habitants de la Métropole rennaise.

Ce point de vue souffre d’un double écueil. Le premier est qu’il favorise la concurrence entre les régions pour attirer ces entreprises plutôt que la coopération. Rennes rivalise avec Nantes qui elle-même rivalise avec Bordeaux, le tout à coup de millions d’euros d’argent public. Le nombre d’entreprises étant limité, personne ne sortira gagnant de cette compétition. Le second est que même avec les meilleures conditions d’implantation, une entreprise ne fera pas de bénéfices tant qu’il n’y aura pas de consommateurs/clients, or la tendance n’est malheureusement pas à la hausse du pouvoir d’achat. Par ailleurs, chaque euro donné à l’offre (l’entreprise) c’est autant qui n’est pas donné à la demande (l’acheteur). Nous observons que la répartition des richesses se fait largement au détriment du plus grand nombre, au bénéfice de quelques-uns, notamment par une spéculation exacerbée. Ce contexte catastrophique ne plaide pas en faveur de choix comme celui d’EuroRennes.

Concernant ce projet, il est composé de plusieurs programmes :

Arrivée de la LGV, des millions pour quelques intérêts particuliers

D’abord, la gare va être complètement refaite afin de pouvoir accueillir l’augmentation importante du nombre de passagers, un doublement est prévu d’ici 2020 (soit 128 000 passagers/jour) , et surtout avec l’arrivée de la Ligne Grande Vitesse (LGV). Alors que la première gare date de 1857, la seconde a été refaite récemment, en 1992. On peut s’interroger sur la précipitation à refaire une gare à peine 25 ans après son extension d’autant que cela coûte plus de 20 millions d’euros à la Métropole, donc des deniers publics.

Ce qui nous laisse perplexe vient surtout de cette volonté inébranlable, et à n’importe quel prix (plus de 200 millions d’euros rien que pour Rennes Métropole et St-Malo agglomération), de gagner 40 minutes sur le trajet Paris-Rennes en adaptant le réseau ferré à la Grande vitesse. En effet, une telle somme d’argent n’aurait-elle pas pu être investie dans un projet plus utile à tous ? Qui se soucie de gagner au maximum 40 minutes sur un trajet reliant notre ville à la capitale ? Certainement pas les Rennais qui vont de temps à autre pour des raisons professionnelles ou de loisir à Paris. Ce projet est réservé à une minorité de cadres d’entreprises qui pourraient à la fois travailler à Rennes et à Paris dans la même journée. D’autant qu’on sait d’ores et déjà que tous les TGV ne mettront pas 1h27 pour rejoindre la capitale mais seulement certains qui contourneront Le Mans. Par ailleurs aucune indication n’est donnée sur le prix des billets, ce qui laisse présager du pire quand on voit les tarifs pratiqués aujourd’hui.

La logique de concurrence qui est évoquée plus haut joue ici à plein. Le surinvestissement public qui se polarise sur la LGV se fait au détriment des réseaux régionaux. Il a aussi un impact sur les ressources qui pourront être consacrées par Rennes Métropole au projet de TREM (RER Rennais). Une estimation donne un budget de 500 millions d’euros. Le surinvestissement sur la LGV dessert ainsi la population locale. La Métropole s’étend, le PLH prévoit la création de 75 000 logements d’ici 2030. Il faudra agir avec force pour en organiser les flux et les transports ; EuroRennes en gaspille les moyens. A défaut la population située en périphérie de la Métropole sera de plus en plus géographiquement, et donc socialement, exclue.

Des bureaux, plus qu’il n’en faut

Ensuite, le projet EuroRennes prévoit la construction de nombreux bâtiment autour de la gare, organisés en plusieurs « îlots » comme le montre la carte ci-dessous. L’ensemble du projet recouvre 125 000m² de bureaux, 1430 logements, 30 000m² de commerces et services et 9500m² d’activités et d’équipements.

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On remarque donc que certains îlots n’auront absolument aucun logement en leur sein, ce qui pose problème en termes de mixité logements/commerces/tertiaire. Par exemple, l’îlot Trigone sera composé de trois immeubles de 8 à 9 étages qui abriteront 12 200m² de bureaux ainsi que quelques commerces. Aucun logement n’y est prévu. L’îlot Féval sera également composé de trois immeubles, au sud de la Gare, qui abriteront cette fois-ci 38 000m² de bureaux ainsi que, sur 3000m², quelques commerces et le nouveau cinéma Arvor qui sera déplacé de la rue d’Antrain. L’îlot Eurosquare, rue de Solférino, n’est composé que d’un immeuble, hébergeant 6500m² de bureaux et seulement … 30 logements !

Le plus aberrant dans ce projet est certainement la part dévolue au logement : elle est plus faible que celle consacrée aux bureaux (114 000m² contre 124 000m²), pourtant, quand on connait les tensions immobilières dans notre ville, on pourrait penser que la priorité n’est pas à construire tous ces m² de bureaux. Par ailleurs, peu d’éléments sont donnés sur les types de logements. Il semblerait que ce soit des appartements haut de gamme, répondant à la volonté de la Majorité municipale d’un quartier « premium ». Par exemple, dans l’immeuble Eurosquare il y aura des appartements du T1bis au T7 ; le moins cher sera vendu 144 000€…

Construire des milliers de mètres-carrés de bureaux ne semble donc pas vraiment une priorité, d’autant qu’en ville il y a déjà 110 000m² de bureaux disponibles, sans parler des 100 000 mètres carrés à la Courrouze d’ici à 2020 et des 275 000 à Via Silva d’ici à 2040. Ceci prouve que l’ambition de la Majorité n’est pas de répondre à une demande de bureaux mais plutôt d’essayer de la créer. Cette stratégie court d’ores et déjà à l’échec alors que les travaux d’EuroRennes ne font que démarrer. En effet, en 2009, un projet de tour uniquement composée de bureaux et haute de 120 mètres était dessiné ; cette tour devait être le symbole du quartier, la Majorité a dû revoir ses ambitions à la baisse. Par ailleurs, le prix élevé du m² à la location est en moyenne autour de 215€/an hors taxe, (ce qui fait 1720 euros mois ttc pour un T4 de 80M2) bien au-delà des prix pratiqués dans les villes que Rennes est censée concurrencer. Ceci rebute les entreprises à venir s’installer dans notre ville. Le risque de se retrouver avec des dizaines de bureaux vides au début des années 2020 est important.

EuroRennes, vitrine d’une gentrification galopante dans le centre-ville

Ce projet n’est pas le seul marqueur d’un attachement de la Majorité à bichonner le business dans notre ville. Il s’inscrit dans une cohérence d’ensemble avec la création d’un Centre des Congrès d’affaires place St-Anne pour 106 millions d’euros, ou encore de la construction prévue d’hôtels de luxe comme l’ex siège de la Banque populaire place des Lices, l’ancien mess des officiers, rue de la Monnaie ou encore le nouvel hôtel « 4 étoiles + » avenue Janvier.

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