Débat d’orientation budgétaire, notre point de vue, intervention de Yannick au Conseil de Rennes Métropole du 21 janvier 2016

Cette intervention vient en réaction au Document d’orientation budgétaire pour l’année 2016, c’est-à-dire au document qui présente les grandes lignes, les grandes politiques qui seront menées cette année par Rennes Métropole et validée par le vote du budget en mars. Vous le trouverez ici.

ob_af2010_budget-of-punjab-2013-2014Mr le Président, chers collègues,

Le DOB pour l’année 2016 est un point clé de notre politique. Il est stratégique sur les orientations d’action de la collectivité. Il assure la cohérence et la continuité des politiques engagées en matière fiscale, environnementale, d’urbanisme, de services publics et bien sûr en termes d’investissements. C’est aussi un document qui intègre des données conjoncturelles. Elles sont aujourd’hui fortes, influentes et hétérogènes (contexte économique, fiscalité, désengagement de l’Etat, évolution démographique, migration).

Le contexte, oui, est essentiel. Il faut à la fois certes le connaître et le préciser, comme le fait ce document, mais aussi le combattre ou à tout le moins ne pas prendre certaines tendances comme des fatalités absolues. En introduction vous citez la maîtrise des dépenses publiques. Ce resserrement est la résultante d’une politique économique délétère qui vise au désengagement de l’État en laissant le champ libre au privé. La France a perdu 2 millions d’emplois industriels en 30 ans, sous couvert d’une mondialisation de l’économie contre laquelle on ne peut soi-disant pas lutter. La part de l’industrie est passée de 24% du PIB en 2000 contre 14 % en 2010. L’industrie automobile qui pour nous est si évocatrice, si chère à l’histoire de notre agglomération, a perdu 2/3 des ses emplois. Vision passéiste d’un autre âge me direz vous. Non je ne le crois pas. Rennes Métropole porte avec raison et avec des résultats une ambition forte sur le numérique. La création de 1000 emplois /an est une ambition affichée dans notre DOB. Le projet « French Tech » est exemplaire. Il est clair que la régénération de notre industrie locale portera et sera aussi portée par le développement du numérique. Nous pouvons tenir le même raisonnement sur l’environnement. C’est la présence d’une industrie nationale et locale régénérée qui poussera la recherche (R&D) pour mettre en œuvre la transition industrielle vers par exemple des modules de transport efficaces et plus respectueux de notre planète, de nos villes. Notre politique doit donc à notre mesure porter encore plus fortement cette volonté.

Dans le document, l’atypie de la Bretagne est évoquée et notamment sa situation économique favorable au regard du reste du pays. Parmi les aspects positifs la note évoque l’industrie agro alimentaire. Ce modèle n’est pas, n’est plus une référence. La majorité des producteurs de lait, de porc sont, dans la logique d’un modèle productiviste et non qualitatif, pressurés, éreintés économiquement. Leur action sur la RN12 depuis hier en est le reflet. Le niveau de détresse de ces producteurs atteint un niveau inédit dans notre pays. La gestion sociale de ces industries tient peu de cas des travailleurs. Les conditions de travail y sont déplorables. J’ai ce soir à l’esprit la situation des salariés de Triskalia dont la pathologie professionnelle liée à l’exposition à des produits pesticides n’a pas été reconnue. Ils n’ont reçu de leur employeur sur ce point que de l’indifférence et du mépris. Que dire du désastre environnemental que subit notre région de la part de ce type d’agriculture et d’industrie AO ! Il faut sur notre territoire et ici encore, à notre mesure, mettre en avant les producteurs, les chercheurs, les entreprises et associations qui promeuvent une alternative écologiste. C’est aussi cela l’action politique d’une collectivité de notre taille. Le niveau de nos budgets permet de tenter les effets leviers. Ces points devraient apparaître avec force dans nos orientations budgétaires.

Rennes Métropole investit 2 Milliards d’euros entre 2015 et 2020 dans un contexte pluri annuel d’une forte baisse, de moyens budgétaires. Il y aura cette année une baisse des dotations de l’Etat aux collectivités locales de 3,67 Md d’euros. L’effet pour notre Métropole sera une dotation d’Etat de moins 16 millions d’euros au global d’ici 2017. Cette baisse s’ajoutera à celle que subiront les communes de la Métropole.

Dans un contexte économique de crise permanente et de moins en moins régulé du fait de politiques économiques libérales, l’investissement public est essentiel. Vous le citez dans le DOB, la réalisation de la ligne b du métro génère 5 000 emplois. Au niveau national l’investissement public représente 71,1 Mds d’euros. La part de collectivités territoriales est déterminante : environ 70 % de ces investissements. Au delà de l’impact économique immédiat et celui des usages, l’effet indirect et même diffus de ces opérations est important et touche le plus grand nombre. En contraignant les budgets et notamment la formation brute de capital fixe des collectivités l’Etat compromet l’avenir. La Caisse des Dépôts (Note Conjoncture 44 de mai 2014) notait que 97% des investissements consacrés à l’environnement étaient réalisés par les collectivités. En l’état, tarir les moyens des collectivités c’est obérer nos capacités à relever le défi environnemental. Qu’en sera t-il demain, de notre capacité à porter réellement le projet de TREM, projet essentiel et complexe, dont les études sont budgétées dans le DOB ?

Le CESE s’est récemment alarmé de la baisse de près de 10% des investissements des collectivités entre 2013 et 2014.

Rennes Métropole investit avec volonté dans ce contexte difficile. La volonté politique de RM s’illustre aussi par le maintien à niveau de la fiscalité locale des ménages. Cependant, mais nous avons déjà eu ce débat, investir ne veut pas dire investir dans toutes sortes de projets. Les contraintes budgétaires nous obligent à faire des choix. Parmi les opérations citées, cela ne vous étonnera pas, nous y classons  le projet, déjà bien entamé, de Centre des Congrès.

Par ailleurs, l’ambition en termes d’urbanisme traduite par le contenu du PLH adopté il y a peu est forte. Cette ambition ne pourra consolider notre Métropole qu’en s’inscrivant dans la mixité sociale avec une proportion forte des logements PLAI, PLUS, pour nous c’est au global 50%. La part du logement abordable concerne tout autant les projets pour le centre ancien de Rennes que les communes de RM, pour éviter les phénomènes de gentrification ou de ghettoïsation.

Les investissements sont pour cette année d’un très fort niveau. Il faudra à l’avenir veiller à ce que le maintien de ces investissements n’impacte pas l’emploi et le fonctionnement de nos services publics.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s